La toute première fois

Est-ce que vous vous souvenez de la première fois où quelqu’un vous a réellement écouté ? Moi, oui ! C’était en formation de thérapeute à l’Eepssa de Strasbourg, l’exercice consistait à s’écouter mutuellement pendant 20 min ou peut-être ½ heure.

J’étais donc assise face à mon partenaire d’exercice. Je ne me souviens plus si c’était l’été ou l’hiver, comment j’étais habillée ou même le prénom de mon vis-à-vis. C’était il y a plus de 10 ans et j’ai une mauvaise mémoire des prénoms sauf pour les chevaux mais c’est une autre histoire. Donc j’étais assise et je l’écoutais vraiment, en silence sans juger, sans le couper avec juste quelques mouvements de tête ou un sourire discret pour lui montrer que j’écoutais toujours. Je ne me souviens plus du tout du sujet qu’il a abordé, ni d’aucune phrase mais je me rappelle très bien son commentaire après cette séance où très ému, il m’a annoncé que c’était une expérience incroyable. J’avais hâte de la vivre.

Après une petite pause-café, tisane, pipi, j’ai pris la place de la “patiente” et lui du « thérapeute ». J’ai parlé, parlé, parlé. Aujourd’hui je suis incapable de me souvenir du sujet mais je me rappelle parfaitement la sensation ! Il avait raison : une expérience singulière avec un sentiment d’être accueillie totalement, d’être une personne intéressante, digne d’être entendue et enfin d’avoir pu aller au bout du processus de mes pensées et d’y trouver la clé de compréhension du problème dont je parlais. J’aimerais encore revivre ce moment, cette première fois où surprise et enthousiaste, je découvrais la puissance d’être écoutée sans être interrompue, jugée ou conseillée. J’ai su à ce moment précis que je voulais plus que tout être ce genre de thérapeute.

Et vous ? Avez-vous vécu un tel moment ? Qu’avez-vous ressenti ? J’adorerais entendre vos expériences sur ce sujet, partagez-les en commentaire.

Lâcher-prise et toucher le fond

Puits initiatique du palais de la Regaleira

Crédit photo : canva

Je sors tout juste d’une crise de dorsalgie qui a duré trois mois. Trois mois d’enfer… de douleurs, de doutes, de colère, de désespoir, de petits mieux et de grands pleurs le lendemain. Mon dos me brûle, me pique, me vrille, me torture, me réveille la nuit plusieurs fois. Je suis épuisée. Je déteste ce corps de souffrance. Et puis aussi trois mois à entendre les conseils de tout un chacun voulant aider (il faut manger comme ci ou comme ça, tu devrais marcher, t’as essayé ceci ou cela, respire dans la douleur, etc). Si ça part d’une bonne intention, c’est malheureusement source de souffrances supplémentaires et d’un sentiment de solitude.

Ce lundi de septembre, me voilà au bout de ma vie (comme disent mes enfants et les jeunes en général), murée au fond de mon puits de souffrance. Vous avez remarqué comme on se sent encore plus seule entourée de gens qui ne vous comprennent pas ? Là, dans un dernier de sursaut de révolte, j’affirme, je crie : « Si c’est ça le reste de ma vie, je joue plus ! » Mon mari compatissant, témoin impuissant de tout le processus, me dit qu’il me comprend. Pas de jugement, pas de grands discours. Juste de la présence.

À ce moment précis, j’ai lâché prise. J’ai été entendue. Je ne le sais pas encore mais j’ai touché le fond. Je ne peux que remonter.

Le lendemain matin, je vais mieux. Encore prudente et méfiante, je ne crois qu’à moitié à ce mieux. Les jours passent, ça se confirme. J’avance doucement comme sur de la glace. S’il y a encore de la douleur, le niveau est très supportable. Plus rien à voir avec avant.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que le lâcher-prise est une notion assez abstraite, qu’il prend des formes très différentes en fonction de l’événement ou de la personne. Avant, mon image de lâcher-prise avait tout du moine tibétain assis en tailleur qui médite en regardant la montagne. Autant le dire, rien à voir avec ce que j’ai vécu lundi. Bon, à la fois, je suis plus proche dans mon caractère de la guerrière amazone (pacifique la guerrière, de plus en plus, en tout cas j’y travaille) que du moine tibétain !

J’ai lu un livre qui parlait de résumer sa vie en une phrase qui mélange qui on est et ce qu’on accomplit. Je me suis prêtée à l’exercice. Alors :

Je suis une femme de presque cinquante ans qui apprend chaque jour de la vie et qui transmet cette connaissance en l’écrivant.

Et vous ? Quelle est votre expérience la plus marquante de lâcher-prise ? Racontez-moi.

Quelle serait votre phrase ?